Contexte

L'une des plus anciennes écoles d'arts martiaux d'Asie orientale et certainement l'une des plus célèbres, provient du monastère de Shaolin, en Chine. Fondé au Ve siècle de notre ère sur les pentes de la montagne sacrée de Mont Song, le monastère de Shaolin était et demeure un lieu de premier plan pour la pratique bouddhiste et la pratique des arts martiaux. La légende raconte que Shaolin a été fondé par Bodhidharma, un pèlerin indien qui s'est rendu en Chine avec un vaste recueil d'enseignements précieux à partager. Parmi ceux-ci se trouvaient vraisemblablement les enseignements qui ont servi de fondements à ce qui allait devenir le kung-fu. 

Au XVIIe siècle, certaines de ces pratiques ont atteint les côtes d’Okinawa (une île de l’actuel 
Japon). Okinawa possède sa propre histoire de techniques de combat, issues de la communauté locale, connues sous le nom de di (« main »). Lorsque les forces d'occupation ont pris le contrôle de l'île et interdit aux habitants de porter des épées, ces techniques, combinées aux pratiques chinoises qu'ils avaient adoptées, sont devenues le fondement d'un nouvel art martial. Avec pour seule arme la « main ouverte » (karaté), ces techniques nouvelles et en pleine évolution ont fourni aux habitants un moyen de se défendre alors qu'ils n'avaient plus le droit d'utiliser quoi que ce soit d'autre.

Mas Oyama

Les arts martiaux n’étaient pas auparavant le phénomène mondial populaire que nous connaissons aujourd’hui. Il s’agissait souvent de pratiques locales, présentant de nombreuses variantes et des histoires particulières. Le XXe siècle a vu une explosion de l’intérêt pour les arts martiaux, en grande partie liée à la géopolitique complexe de l’époque. Mas Oyama a fait son apparition sur la scène internationale au début du XXe siècle et devient l’une des figures marquantes de la pratique contemporaine. 

Mas Oyama est né sous le nom de Choi Yeong-eui dans un petit village de Corée du Sud en 
1923. À l'âge de neuf ans, il a commencé à étudier les arts martiaux auprès d'un agriculteur chinois qui travaillait sur ses terres. À l'âge de quinze ans, il a quitté la Corée pour le Japon. Dans l'espoir de s'intégrer plus facilement à la culture japonaise, il a abandonné son nom coréen et a pris celui de sa famille d'accueil. C'est ainsi qu'il est devenu Masutatsu Oyama. 

Il a par la suite découvert Gishin Funakoshi, un maître d'Okinawa à qui l'on attribue
l'introduction du karaté au Japon, et étudia avec lui pendant de nombreuses années. Parallèlement, il s'engagea volontairement dans l'armée japonaise et participa à quelques opérations militaires spéciales. 

Cependant, c'est à cette époque qu'il s'attira des ennuis. Le Japon était en train de perdre la guerre 
et envoyait ses jeunes hommes en missions suicides en tant que pilotes kamikazes. On raconte qu'Oyama, frustré, cherchait souvent la bagarre avec la police militaire américaine dans les rues. Il rejoignit même un gang local, car ses prouesses physiques constituant un atout qui séduisait ces milieux dangereux.

Mas Oyama était toutefois déterminé à mener une vie meilleure. Il a réorienté son énergie vers l'esprit de l'entraînement aux arts martiaux. Il a étudié le Goju-ryu et le judo et s'est adonné à la pratique bouddhiste de l'école Nichiren. Il a passé 14 mois sur le mont Minobu à pratiquer ces traditions. À son retour à la ville en 1947, il s'est inscrit au premier championnat du Japon de karaté et l'a remporté.

En 1948, Mas Oyama décida de reprendre son entraînement en solitaire. Il espérait ainsi mener à bien les trois années de pratique traditionnelles. Muni seulement de quelques livres et de quelques articles de première nécessité, Oyama s’isola sur le mont Kiyozumi, où il allait rester pendant les 18 mois suivants. Il s’imposa une discipline extrême, avec des journées de douze heures, utilisant les éléments naturels pour se renforcer. Il s'asseyait sous des cascades glacées, utilisait des pierres et des troncs d'arbres pour endurcir ses mains, sautait par-dessus des buissons et gravissait à toute vitesse les pentes escarpées de la montagne. Le soir, il étudiait et pratiquait le zazen (méditation). Il suivait un régime similaire à l'une des pratiques les plus rigoureuses du monde bouddhiste : celle des « moines marathoniens » qui s'entraînent sur le mont Hiei, au Japon.

Kyokushin

À sa sortie de sa retraite dans les montagnes, Mas Oyama était enfin prêt à partager les techniques qu’il avait mis tant d’efforts à développer. Il ouvrit sa première école en 1953, faisant
découvrir au monde entier ce qui allait bientôt être connu sous le nom de Kyokushin, traduit par « la vérité ultime ». Les techniques de Mas Oyama connurent un succès fulgurant, et de
nouvelles écoles virent le jour partout dans le monde. Le Kyokushin promettait d'éliminer tout ce qui était considéré comme non essentiel, afin que les positions deviennent plus efficaces et que
les frappes soient sans compromis. 

Le Kyokushin s'est fait connaître pour ses combats de full-contact sous l'impulsion de Mas 
Oyama. Sans équipement de protection, les combats pratiqués dans cette école étaient directs et percutants. Il a rapidement été considéré comme le karaté full-contact le plus puissant au monde. Le Kyokushin compte aujourd'hui plus de 12 millions de pratiquants dans 120 pays.

Le Kyokushin est une technique de combat puissante, mais son principe le plus profond est inébranlable, comme l'écrit Mas Oyama dans son livre « Qu'est-ce que le karaté ? », la sérénité est la qualité la plus importante à laquelle on peut aspirer. Qu'il s'agisse de casser des planches, de s'entraîner au combat sur le tatami ou de pratiquer les kata, le karaté a bien plus à offrir que la force physique. Il s'agit avant tout d'un état d'esprit.

Lectures complémentaires 

 Green, Thomas A. and Joseph R. Svinth. Martial Arts of the World: An Encyclopedia of History and Innovation. 2 volumes (Santa Barbra: ABC-CLIO, 2010).
 Lorden, Michael J. Oyama: The Legend, the Legacy (Burbank: Multi-Media, 2000).
 Shahar, Meir. The Shaolin Monastery: History, Religion, and the Chinese Martial Arts (Honolulu: University of Hawaii Press, 2008).